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Ce spectacle est une réécriture du « Triomphe de l’amour » de Marivaux par Emmanuelle Bayamack-Tam et Pauline Labib-Lamour, mis en scène par Clément Poirée et représenté au théâtre de la Tempête, du 11 septembre au 18 octobre 2020.

Ce spectacle est une réécriture du « Triomphe de l’amour » de Marivaux par Emmanuelle Bayamack-Tam et Pauline Labib-Lamour, mis en scène par Clément Poirée et représenté au théâtre de la Tempête, du 11 septembre au 18 octobre 2020.

La scénographie a été pensée par Erwan Creff, les lumières par Guillaume Tesson, les costumes par Hanna Sjödin, la musique et les sons par Stéphanie Gibert, le maquillage par Pauline Bry-Martin et à la régie générale, Silouane Kholer. La représentation dure environ deux heures et demie. Elle cherche à la fois à privilégier le divertissement par la multiplication de répliques comiques, mais est aussi assez satirique, notamment envers les sectes, les dérives du monde moderne et de sa vision de l’amour. Les décors sont minimalistes, la musique très présente et l’esthétique de la pièce est très travaillée.

La pièce narre l’histoire de Sasha et Carlie, deux jeunes filles qui décident de se travestir en hommes afin de séjourner dans une communauté, après que Sasha soit tombée sous le charme de Ayden, un jeune homme élevé par le chef de cette communauté, Kinbote, et par sa sœur, Théodora. Les principes de cette communauté sont similaires à ceux des communautés Amish, à cela près que l’amour est ici proscrit. L’intrigue de la pièce tourne autour des quiproquos qu’engendre ce travestissement et des tours que Sasha jouera aux différents personnages afin d’arriver à ses fins.

Cette représentation a de plus la particularité d’utiliser la quadri-frontalité, ce qui surprend par sa non-conventionalité mais dessert plutôt la mise en scène. On assiste de plus à de magnifiques jeux de lumières qui figurent l’évolution temporelle de la pièce et permettent à ce décor statique et minimaliste d’évoluer et de se transformer sans en rien modifier. Dans ce spectacle, le son est très présent, que ce soient les bruits qui aident à la visualisation d’espace, tel que les pépiements d’oiseaux qui ponctuent les tableaux, ou encore les musiques plutôt modernes sans parole, qui marquent les moments d’intensité, ou avec parole, souvent interprétées par les acteurs, tel que ceux de Carlie ou Dimas. Ainsi, la musique est à la fois enregistrée et jouée sur scène, ce qui apporte de l’intérêt dans ce spectacle. Les images les plus fortes étaient composées de la lumière, de la musique (ou la voix), des costumes et de l’occupation de l’espace par les personnages. Ainsi, on compte notamment la scène finale, véritable chef d’œuvre visuel et auditif, ou encore les scènes de chant, notamment celle de Dimas là encore. La tension dramatique augmente crescendo et atteint son point culminant aux quatre cinquièmes de la pièce. Cependant, loin de redescendre immédiatement, elle reste en suspens et dure quelques temps, pour finir sur un époustouflant final.

On remarque aussi très vite que la diction des personnages est très travaillée, et très réfléchie pour s’accorder à la personnalité des personnages. Ainsi, on peut par exemple parler du bégaiement de Dimas, que je trouve très bien imité et réalisé, ou bien ses gémissements semblables à ceux de chien ou ses cris de tortues Herman, lorsqu’il est proche de Kinbote ou encore les pauses dans les paroles, tel que lors des répliques de Théodora, qui laisse transparaitre une personnalité assez absente, volatile. J’ai ainsi beaucoup aimé les personnages d’Arlequin, pour son coté impulsif et vif, et ses nombreuses boutades, ainsi que Dimas, dont je trouve le personnage très travaillé, bien que secondaire, et notamment par sa prestation lors de la première nuit que je trouve magnifique. Au contraire, je trouve le personnage de Ayden très creux et son coté irrésistible ne transparait pas. J’ai aussi eu beaucoup de mal avec le personnage de Kinbote, que je trouve trop stéréotypé et pas assez travaillé, par exemple, à mon avis, son changement de cap dans son dogme est trop rapide.

Enfin, le metteur en scène met en avant plusieurs problèmes ; tout d’abord, celui des sectes, qui sont sous l’emprise de gourous, qui inhibent la personnalité de ses adeptes, comme le montre les personnages de Ayden, Dimas et Théodora. Ensuite, on peut à la fois y voir une critique des dérives modernes, à la fois technologique ( Tinder, Youporn, les particules fines, la marchandisation des corps, les téléphones portables), et amoureuse (crimes passionnels quotidiens tels que la jalousie, le mensonge, le maquillage, l’alcool et les ruptures) et nos réactions face à ces dérives, que personnifie notamment Ayden lorsqu’il évoque sa peur de faire du mal ou de mal agir dans une relation amoureuse, ce à quoi de nombreux jeunes peuvent s’identifier. Certains passages, notamment la réponse de Sasha aux inquiétudes de Ayden, parlent de la place de la femme, et de ce qu’une femme subit dans sa vie (insultes et interpellations ici). Ces revendications sont très dans l’air du temps et trouvent une résonnance dans la vie quotidienne.

Cette adaptation, bien qu’assez longue, est très originale, que ce soit dans sa gestuelle, ses lumières, la diction des personnages et les enjeux mis en valeur. Ainsi, cela tient le spectateur en haleine tout au long de la représentation. De plus, l’alliance de tous ces aspects cités précédemment entraine la formation dans certaines scènes de tableaux proprement magnifiques, tels que ceux de chant, ou encore la discussion entre Sasha et Carlie dans la dernière partie, dont la lumière est incroyable, ou bien même le tableau final, dont la composition est spectaculaire. Ainsi, le visionnage de cette représentation est très divertissant et je l’ai beaucoup apprécié.

Visionnage possible au lien suivant :  https://vimeo.com/475016201  

Mot de passe pour lire la vidéo : triomphe

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